Les pionnières de la danse contemporaine au Québec : Jeanne Renaud (3/3)

Apprenez-en davantage sur l'histoire de la danse contemporaine au Québec, ainsi que sur ses pionnières. Françoise Sullivan, Françoise Riopelle et Jeanne Renaud ont profondément marqué l'art chorégraphique à travers leur vision et démarche novatrices. Dans ce troisième et dernier article sur ce sujet, partez à la rencontre de Jeanne Renaud, danseuse, chorégraphe, professeure ayant fondé la première troupe officielle de danse contemporaine au Québec.



JEANNE RENAUD


Danseuse, chorégraphe, Jeanne Renaud est née à Montréal le 27 août 1928. Elle joue un rôle prépondérant dans le domaine de la danse contemporaine au Québec et entretient des liens étroits avec le groupe des Automatistes (*1). Tout en consacrant sa carrière à la danse, « Jeannot », comme on la surnomme affectueusement dans le milieu, s'intéresse autant à la musique et aux arts visuels qu'à la poésie et au théâtre.


Renaud apprend la danse auprès d'Elizabeth Leese (aspect contemporain) et de Gérald Crevier (aspect classique) à Montréal, puis auprès de Merce Cunningham, de Hanya Holm et de Mary Anthony, à New York et Paris.


Bien qu'elle n'ait pas signé le manifeste automatiste (Refus Global*2), Renaud sera associée à ce courant de contestation grâce à Francoise Sullivan et Françoise Riopelle et à ses deux soeurs, Louise et Thérèse qui, elles, participent aux activités du groupe d'artistes. Jeanne Renaud endosse les principes artistiques de ce groupe tout au long de sa carrière et en particulier celui du décloisonnement des formes artistiques.


Ses premières œuvres, créées en France, s'intéressent à l'approche multidisciplinaire : Pierre Mercure signe la musique, Jean-Paul Riopelle les décors.


Lors de son récital conjoint avec Françoise Sullivan en 1948 à la maison Ross de Montréal, Renaud crée Déformité et Emprise. Ces deux œuvres dépeignent deux visions subjectives et expressives des angoisses de la grande ville, écrites dans un langage gestuel émotif et moins formaliste.


Extrait de Déformité. Interprète : Louise Bédard. Performance en silence

En 1953, Jeanne Renaud revient au Canada de façon définitive. Elle se consacre pendant six ans à sa famille et ne recommence à danser qu'après en avoir été persuadée par Françoise Riopelle. Ensemble, elles vont collaborer à des spectacles de 1958 à 1965, date à laquelle Renaud monte Expression 65 au théâtre de poche de la Place Ville-Marie. Après six semaines de représentations quotidiennes, Renaud décide de se lancer à l'aventure. Elle fonde en 1966 la première troupe officielle de danse moderne au Québec. Le Groupe de la Place Royale emprunte son nom au square du Vieux-Montréal où sont situés les studios de la compagnie. Le Groupe de la Place Royale est l'une des compagnies de danse moderne les plus innovatrices au Canada, en intégrant le théâtre, la danse, le chant, la musique et la technologie à ses productions. On a volontairement omis le mot danse dans le nom de la compagnie, voulant ainsi souligner sa volonté de réunir toutes les formes d'art. Renaud cumule plusieurs fonctions au sein de cette compagnie : directrice artistique, administratrice, professeure, chorégraphe et aussi danseuse.

Jeanne Renaud © Lilliana Reyes

Sept ans plus tard, souffrant d'essoufflement, elle démissionne, coupant les liens avec la troupe, et sa carrière prend dès lors une tournure administrative. Elle devient tour à tour agente des arts au programme Explorations du Conseil des arts et ensuite directrice du Programme de danse au ministère des Affaires culturelles du Québec. Elle occupe ensuite un poste de conseillère au Conservatoire de musique et d'art dramatique de Québec et de Montréal pour enfin s'intégrer comme professeure au département de danse de l'UQAM tout en assumant une brève codirection artistique aux Grands Ballets Canadiens de 1985 à 1987.


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*1) Les Automatistes est un groupe d'artistes du Québec, réunis autour de Paul-Émile Borduas, professeur à l'École du Meuble de Montréal, au cours des années 1940. Le mouvement regroupe les peintres Marcel Barbeau, Jean-Paul Riopelle, Pierre Gauvreau, Fernand Leduc, Jean-Paul Mousseau, et Marcelle Ferron ; les écrivains Claude Gauvreau et Thérèse Renaud ; les danseuses et chorégraphes Françoise Sullivan, Françoise Riopelle et Jeanne Renaud ; la designer Madeleine Arbour ; l'actrice Muriel Guilbault et le photographe Maurice Perron, de même que le psychiatre psychanalyste Bruno Cormier. Les fondements du mouvement surréaliste et les outils psychanalytiques constituent les bases idéologiques de l'automatisme. À l'encontre des surréalistes, les Automatistes préconisent une approche intuitive expérimentale non représentative conduisant à un renouvellement en profondeur du langage artistique. Les premières œuvres résultant de ces expériences s'apparentent à l'expressionnisme abstrait, malgré l'absence de liens entre les groupes montréalais et new-yorkais.

*2) Refus global est un manifeste artistique publié secrètement1 le 9 août 1948 à Montréal par les Automatistes aux Éditions Mithra-Mythe. Son auteur, Paul-Émile Borduas, remet en question les valeurs traditionnelles de la société québécoise comme la foi catholique et l'attachement aux valeurs ancestrales, rejette son immobilisme et cherche à établir une nouvelle idéologie d'ouverture sur la pensée universelle. Il considère alors que le surréalisme ne peut coexister avec le dogme religieux et désire plus que tout se soustraire aux contraintes morales afin d’épanouir sa liberté individuelle. Le recueil, publié en 400 exemplaires, contient, en plus du manifeste en tant que tel, une série de textes ainsi que des illustrations et des photographies.


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Sources :

DANSER À MONTRÉAL, Germination d'une histoire chorégraphique - Iro Tembeck

Art Canadian Institute Institut de l'Art Canadien

L'Encyclodépie du Canada

  • YouTube - Black Circle
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